La résilience et le pardon nous guident vers l'apaisement, nous aidant à prendre possession de notre vie et à renouer des liens précieux tout en protégeant notre bien-être.


“Un parent parfait, ça n’existe pas” c’est sur ce postulat que Janick Biselx-Menétrey, médiatrice familiale et coach de vie à Martigny, construit “PARENTALITÉ au PRÉSENT”.

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Podcast proposé tous les dimanches matins à 7h (une semaine sur deux gratuitement), il bâtit un espace où les cœurs s’ouvrent, les chemins de vie se déroulent et la simplicité enveloppe à son écoute.

Au travers des histoires de chacun·e·s, les schémas longtemps restés logés dans l’inconscient sont mis en lumière, les défis de la vie accueillis avec curiosité et présence permettant de sortir des tabous familiaux.

Au fil des épisodes, les récits de chacun·e·s nous apprennent que nous sommes “assez” et nous inspirent à vivre et laisser vivre avec confiance.

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Sujets abordés durant cet épisode: parents séparés depuis l'adolescence, rupture de contact avec le père pour se protéger, être sur ses gardes, retrouvailles avec papa après 7 ans de coupure, loyauté envers le père, envie de s'apaiser, violence physique et verbale de la part du père, difficulté à se construire, soumission de la mère, prouver aux autres qui je suis, résilience, pardon, panser ses blessures, renouer un lien apaisé, garder ses distances pour se protéger, rendre ce qui appartient à l'autre, méditation, se prendre par la main, prendre possession de sa vie, gratitude,

Lire la transcription de l'Ă©pisode

[Texte généré automatiquement]


Et j'ai réussi à me voir adulte. Même peut être, je dirais, c'était peut être même pas moi physiquement. Il y avait cette main qui était moi, qui a pris la main de la petite Émilie. Et qui a dit « OK, maintenant t'es en sécurité.


» T'es plus toute seule, t'es accompagnée. Je suis là pour toi. Oui. Bonjour, je suis Janique Bizel Ménétré, médiatrice familiale diplômée. Je suis passionnée par le lien relationnel. Je vous propose aujourd'hui, Parentalité au présent, un recueil d'histoires plurielles pour une étape de vie singulière. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Émilie. Bonjour Émilie.


Bonjour.


Merci d'ĂŞtre lĂ . C'est vraiment une joie de t'accueillir ce matin. Merci.


C'est.


Partagé. Quels liens entretiens tu aujourd'hui avec tes parents ?


Avec mes parents, j'entretiens une très bonne relation avec ma maman et avec mon papa, c'est un peu plus compliqué. J'en ai eu une enfance assez difficile avec lui et donc mon entretien, disons, un lien poli, je dirais comme ça.


Tes parents, ils sont toujours ensemble ou.


Bien ils sont... ? Non, ils sont séparés.


Depuis très longtemps ?


Depuis que je suis adolescente, donc ça fait à peu près, je dirais, 14, 15 ans en tout cas.


Ça fait depuis une quinzaine d'années que tu entretiens un lien poli avec ton papa ou il y a quelque chose comme ça ?


Ça n'a pas toujours été comme ça. Comment ça ? Pendant sept ans, on ne s'est plus du tout parlé. Moi, j'ai complètement coupé la relation pour me protéger essentiellement. À la naissance de ma fille, de ma deuxième, j'ai ressenti quand même le besoin d'apaiser quelque chose en moi et de reprendre contact avec lui en lui pardonnant toute notre histoire, etc, tout ce qui s'était passé et qui m'avait fait beaucoup de mal. C'est qu' j'ai pu une partie pardonner, j'ai pu une partie penser mes blessures, mais il y a toujours des choses qui sont à la présente et c'est pour ça qu'aujourd'hui, on a une relation quand même très distante. Je suis vraiment sur mes gardes quand les enfants sont en sa présence.


Comment ça s'est passé ? Tu as envie de nous parler un peu de ces retrouvailles après sept ans de...


Ça s'est fait de façon assez banale. Je lui ai écrit un message. J'avais son numéro par mon frère et ma sœur — et je lui ai dit que j'aimerais bien qu'on se voit pour discuter. Finalement, quand on s'est vu, j'ai plus ressenti le besoin de parler du passé. J'avais juste besoin de renouer un lien apaisé, c'est tout. On s'est vu dans un café, tout simplement. On a échangé un moment, on a déjà eu des moments et puis voilà. Après, chacun est reparti de son côté et depuis, on se voit, je dirais, même pas une fois par mois. C'est vraiment... Oui, voilà. Ça s'est fait comme ça.


Du coup, ça t'a apporté quoi ? Qu'est ce que ça t'apporte d'avoir renoué, d'avoir retissé ? Est ce que c'est un lien ou est ce que c'est un semblant de lien ? J'entendais que tu étais sur tes gardes quand même avec lui.


Je pense que là, derrière, il y a une espèce de devoir de fille. C'est de la loyauté. Oui, je pense qu'à ça. Et il y a surtout aussi l'envie de m'apaiser, d'être apaisée dans le cœur, de me dire « OK, il est ce qu'il est et il m'a fait ce qu'il m'a fait. »moi, je ne veux pas porter ce fardeau en moi. Donc de le recontacter, d'avoir cette espèce de contrôle sur cette relation, finalement, ça me permet aussi, moi, de lui rendre ce qui lui appartient.


C'est une revanche, un peu ?


Parce que tu me dis contrôle ? Une libération, plutôt, je dirais.


Parce que tu me dis contrôle sur cette relation, puis j'entendais qu'apparemment, ça a été très difficile.


Oui, ça a été très difficile dans le sens où il y a eu beaucoup de violence, physique et verbale. Je ne sais pas quelle est la pire, mais voilà. Je dirais les deux sont destructrices de toute façon. J'ai eu beaucoup de mal à me construire en tant qu'enfant dans cette ambiance familiale, avec une maman qui était extrêmement soumise, qui acceptait tout ce qui se passait de façon plus ou moins ouverte. Après, il faut grandir avec ça. J'ai eu besoin de couper, je pense, à un moment donné, pour me retrouver moi. Et puis, aussi, me construire et me prouver à moi même que je ne suis pas la personne qu'il voulait que je sois ou dans la case dans laquelle il voulait me mettre.


Il voulait te mettre dans quelle case ?


Dans la case d'une fille qui était nulle, qui était bonne à rien, qui savait rien faire, qui arriverait à rien dans sa vie. Tout ça. J'avais un peu des problèmes à l'école, au niveau scolaire. Je n'étais pas une élève très douée, on dira ça comme ça. Et du coup, pour lui, j'étais la honte. C'était vraiment une honte d'avoir une fille qui avait des difficultés à l'école.


Tu Ă©tais la seule dans la fratrie Ă  subir ce genre de remarques ?


Oui. Mais c'est ce que je dis, je dis mon frère et ma sœur, on a vécu avec les mêmes parents, mais on n'a pas le même vécu. Parce qu'on a vraiment eu des places très différentes.


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Moi, j'étais l'aînée. J'ai un peu eu la place, la plus mauvaise place, je dirais. J'ai ouvert la voie. Je vois ça comme ça. Et mon papa, il voulait absolument un garçon. À manque de bol, il a eu une fille. Après, il y a eu mon frère qui est arrivé. C'était grandiose pour lui. Lui s'est beaucoup attaché à mon frère. Il a pas du tout la même relation. C'était l'homme. Pour lui, c'était son fils. Et puis après, il y a eu ma petite sœur et elle, c'était un peu la dernière, la petite chouchou. Et puis elle a aussi bien su s'adapter. Quand elle a vu comment ça se passait à la maison, le contexte familial et tout ça, elle s'est effacée complètement. Elle n'existait pas pour se protéger de cette façon là, parce qu'elle voyait ce qui se passait avec moi. Donc voilà, c'est vraiment ça. On a eu tous les trois les mêmes parents, mais pas du tout la même enfance.


Les deux autres, ils ont une bonne relation avec votre père aujourd'hui ?


Non, ils n'ont pas spécialement une bonne relation. Mon frère, un peu mieux, mais ils ont tous les deux vu qui était le personnage. Maintenant, en tant qu'adulte, ils se sont rendu compte de qui était cette personne. Mais ils entretiennent un lien plus fort que moi, quand même.


Quand je te disais « Aujourd'hui, tu prends ta revanche », c'est que j'avais vraiment l'impression que tu n'avais pas le contrôle sur ce qui se passait toutes ces années. Après, tu as décidé de couper les ponts, donc tu as pris position, t'as pris le contrôle sur la situation en disant « Maintenant, c'est stop. Je veux plus rien avoir à faire avec lui. » Et puis là, maintenant, j'ai l'impression que je te disais « revanche » parce que j'ai l'impression que tu as repris contact, mais c'est toi qui as le contrôle.


Oui, c'est exactement ça.


Tu lui prouves qu'en fait, t'es consistante.


Oui. oui, oui, oui, il y a certainement une partie de revanche. Ce n'est pas le lien de père à fille que j'aurais souhaité, mais c'est celui que j'ai. C'est comme ça.


Et puis, la question qui arrive maintenant, c'est finalement, est ce qu'on est obligé de garder un lien avec ses parents ? C'est juste une question. Oui. C'est un coup que je me pose.


Mais c'est une très bonne question.


Et puis, tu vois, quand je dis « parents », ça peut être aussi bien frère et sœur que papa, maman, que oncle, tante. Tu vois, parentalité...


Dans la famille.


Parentalité, vraiment, au sens large du terme.


Moi, je dirais non, pas forcément. Moi, d'avoir repris contact avec mon papa, ça m'a permis de me sentir mieux.


Mais qu'est ce qui te permet de te sentir mieux ? Ça a été touché. Je causais avant de loyauté. Et tu me disais d'ailleurs, c'est faire mon devoir de fille. Je crois que tu l'as dit comme ça. Qu'est ce qui est apaisé dans le fait de... C'est vraiment des questions que je me pose. Juste, c'est que tu es je cherche à mieux comprendre avec toi ce qui fait que tu me dis qu'aujourd'hui, ça t'apaise, ce lien où finalement, t'es sur tes gardes.


Ça m'apaise dans le sens où toute la période où j'ai pas eu de contact avec lui, je pensais que d'enfuir ça quelque part en moi et d'oublier tout ça, c'était la solution. Mais non. Parce qu'en fait, il y avait toujours une part... Ça nourrissait quelque chose de mauvais, de haineux, etc. Et c'était ça que je voulais apaiser. C'était dire « Maintenant, je lâche ça, je libère ça et j'affronte le problème, finalement. Je me mets en face de lui et comme vous disiez, je lui ai dit « Je ne suis pas ce que tu penses que je suis.


C'est un petit peu comme si tu avais donné un coup de scalpel dans la plaie et puis le pu, finalement, l'affection avait pu sortir, c'est ça que tu.


Es en train de dire ? Oui, tout à fait, c'était contenu à l'intérieur.


Mais du coup, tu as pu en parler avec lui ? Est ce que tu as vécu ou même pas ?


J'ai tenté une fois, mais j'ai laissé tomber parce qu'en face de moi, j'ai quelqu'un qui a pas cette capacité de se remettre en question et d'entendre ça. Donc, j'ai accepté qu'ils pourraient pas comprendre.


Ce que moi, j'ai vécu.


Moi, je dois avancer maintenant.


Tu dois ou tu choisis aujourd'hui d'avancer ? Non, je n'ai pas le choix.


Je n'ai pas le choix. Je choisis. Non, je choisis d'avancer. Je choisis vraiment, c'est vraiment un choix pour moi, pour mes enfants, pour tout le monde. C'est une des raisons qui m'a fait venir vers vous aussi. Justement, de ne pas reproduire ça sur mes enfants.


Du coup, tu choisis aussi les moments où tu vas le trouver ? Où tu te dis « Là, maintenant, ça fait tant de semaines ou tant de mois que je ne l'ai plus vu, donc je dois prendre contact avec.


Lui pour... » ? Non, je ne suis pas du tout là dedans. Les choses se font un peu spontanément. Je ne calcule pas le temps. C'est plutôt si je suis dans la région, parce qu'il habite pas trop loin de chez moi, mais pas non plus tout à côté. Quand je suis dans sa région, je lui dis « Tiens, je pourrais passer te voir ».


Et puis voilĂ .


Et puis ça se fait, ça ne se fait pas.


Ou il fait des fois la démarche.


Oui, mais c'est très rare. C'est plutôt moi qui fais la démarche. Je préfère que ça se passe comme ça. Comme ça, je peux aussi partir ou dire stop, maintenant j'y vais quand je sens que c'est bon. Oui.


Quelle sagesse, vraiment. Parce que tu vois ce que tu viens de dire là, je préfère que ça se passe comme ça, ça veut dire qu'à nouveau, tu choisis, tu vois ? Tu choisis quand t'as l'élan de passer le trouvé. Et puis, tu choisis aussi le temps que tu restes, finalement.


Oui, je pense que j'ai besoin de cette maîtrise pour pas me laisser de nouveau happer par son énergie, par ce qui dégage.


Quand tu repars de chez lui, comment tu te sens en général ?


Je suis contente de partir. En général, je suis contente de partir. En général, quand je sens que c'est stop pour moi, j'y vais. C'est vrai que c'est bien que ce soit moi qui aille aussi, c'est qu'au bout d'un moment, je sens que c'est bon, il faut que j'y aille, c'est trop après pour moi. Lui, il est vraiment resté aussi bloqué dans le passé. Il reparle souvent de ma maman, de ce qui se passe avec ma maman, etc. Et tout ça, ça me regarde pas. Quand ça commence à partir là dedans, moi, je m'en vais. Moi, je lui ai déjà dit, ça me regarde ne veux pas. Si t'as des histoires avec maman, moi, je veux pas savoir.


Mais qu'est ce qu'il te dit dans ces moments lĂ  ?


Il me dit oui, oui, mais c'est juste pour te dire ». Alors moi, je me dis « Oui, c'est juste pour me dire », mais alors moi, je m'en vais parce que j'ai pas envie d'entendre. Voilà, c'est ça. Et oui, il y a aussi des fois où il a des attitudes comme il avait avec moi envers mes enfants. Alors là, c'est que je ne lui dis pas parce qu'il n'est pas capable d'entendre ça. Il sera pas capable de comprendre. Il peut entendre, mais il peut pas comprendre ce que je lui ai dit. Alors dans ces cas là, je pars. Je dis « Bon, maintenant, on y va. »et puis voilà.


Et puis les enfants disent quoi ?


Les enfants, je n'ai pas l'impression qu'ils se rendent vraiment compte encore. Vu leur âge, c'est... Je ne sais pas.


Ils ont quel âge.


Tes enfants ? Cinq et sept ans.


Quand tu leur dis « On va trouver grand papa » ou je ne sais pas comment tu appelles. Qu'est ce qu'ils disent ? Ils sont contents ou ils rouspètent plutôt ?


Ni l'un ni l'autre, en fait. Je ne peux pas dire qu'ils soient très contents, mais ils ne sont pas non plus là « Oh non, on n'y va pas. » « Ah oui, bon, d'accord. » C'est plus « On y va. » Comme si on allait au magasin ou faire quelque chose de banal, pour eux, c'est pas... Il y a pas vraiment de lien.


Tu disais qu'avec ta maman, t'avais vraiment une très bonne relation aujourd'hui.


Oui, on s'entend bien. Elle me soutient aussi avec mes enfants, etc. Oui, parce que je suis toute seule avec les enfants. Oui, elles m'aident beaucoup pour les garder de temps en temps, etc, des choses comme ça.


Donc elle, elle est aussi passée dans le... T'es passée aussi avec elle dans une relation où ça a dû sacrément évoluer, parce qu'au début, tu disais qu'elle était effacée, qu'elle était finalement... Qu'elle t'avait pas vraiment défendue, c'est ça ?


J'ai bien compris ? Oui, exactement. Oui, tout à fait. Avec ma maman, c'est un peu ce que je suis en train de prendre conscience actuellement. Moi, je l'ai toujours idéalisé parce qu'en face, il y avait un diable, si on veut bien dire. Peut être pas un diable, mais en tout cas quelqu'un qui était très mal. Ma maman, pour moi, c'était un peu mon sauveur. Je l'ai beaucoup idéalisé. Maintenant, avec le recul et en étant moi même maman, j'ai un peu plus de mal à comprendre son comportement. Même si je sais à quel point c'est difficile de sortir de les griffes de quelqu'un comme ça. Je me dis que si ça se passait pour moi avec mes enfants, je ne pourrais pas supporter de les voir souffrir. Surtout que moi, j'ai toujours verbalisé à ma maman. Et je pense que c'est ça qui m'a sauvée aussi, c'est d'avoir pu l'exprimer. Mais je me sens abandonnée d'une certaine façon par ma maman. Je me suis sentie. Maintenant que je prends le recul, je me rends compte de ça. Et donc, on a toujours un bon lien. J'ai pu lui en parler parce qu'elle peut entendre ça. Et oui, elle reconnaît qu'elle n'a pas fait des choses tout juste et tout ça.


Elle a fait ce qu'elle a.


Pu, en fait. Voilà, exactement. Oui, tout à fait. Et moi, lors de pas mal de méditations, des choses comme ça, j'ai réussi à un moment donné à vraiment me connecter à mon enfant intérieur. Et je me suis retrouvée dans une forêt, dans une espèce de petite clairière, dans une forêt. J'étais enfant, avec une petite robe blanche. C'était vraiment précis comme truc. C'était, je dirais, le matin, parce qu'il faisait pas très, très clair. Et je me suis vue pleurer. Je pleurais, je pleurais, je pleurais. Je pleurais parce que je me sentais abandonnée et parce que je me sentais rejetée. C'est vraiment les deux gros sentiments que j'ai ressentis à ce moment là. Et j'ai réussi à me voir adulte. Même peut être, je dirais, c'est peut être même pas moi physiquement. Il y avait cette main qui était moi. Il a pris la main de la petite Émilie et qui a dit « OK, maintenant t'es en sécurité. » T'es.


Plus toute seule, t'es accompagnée, je suis là pour toi.


Ça, c'est un moment qui m'a beaucoup touchée, d'avoir vécu ça. Parce que j'ai pu vraiment comprendre aussi ce que je ressentais en tant qu'enfant. Parce que je n'arrivais pas forcément toujours à mettre de mots dessus et je me sentais toujours nulle, bonne à rien, pas aimable.


Du coup, tu te rends compte aujourd'hui que tu es toute laverse, c'est ça ?


Une bonne partie. Je pense que j'ai encore du travail à faire sur moi par rapport à ça, mais oui, je pense que je suis pas du tout la personne qu'on a voulu me faire croire que j'étais. Ça, oui. J'ai pris entièrement possession de ma vie.


Bravo, vraiment. Merci.


Il y a l'émotion qui monte un peu. Oui, je vois ça.


C'est quoi cette Ă©motion ?


C'est de la gratitude, je dirais. Je me sens bien parce que je vois aussi tout le parcours que j'ai fait.


Finalement, ce parcours que tu visualises aujourd'hui, tu te rends compte que qu'est ce qui t'apporte aujourd'hui ce parcours ?


C'est pour ça aussi que je pense que j'ai réussi à pardonner à mon papa. C'est parce que sans ces épreuves de vie, je ne serais pas comme je suis aujourd'hui. Tu es.


Comment aujourd'hui ?


Je pense, je suis une femme forte.


Ça veut dire quoi être une femme forte pour toi ? Quoi concrètement, là.


Dans le... Concrètement, maintenant, je dirais, c'est être capable d'affronter les situations qui se présentent et de savoir prendre aussi le recul, de se remettre en question. Je pense que c'est la chose primordiale. Savoir se remettre en question et puis savoir rester... Être centré dans le cœur, je dirais. Centre dans le cœur, même s'il y a des moments qui sont un peu mouvementés, savoir se recentrer, aller de l'avant et se choisir soi même. Je dirais ça. C'est ça pour moi, ce que je suis aujourd'hui. Une partie de ce que je suis.


Et ça te fait quoi de verbaliser tout ça ? Comment tu te sens ? Ça me.


Fait du bien. J'ai eu l'occasion il y a quelques mois en arrière. J'ai fait des démarches pour devenir famille d'accueil. Et durant ce processus, on devait faire une biographie de notre vie, un petit peu. Et je me suis dit « Comment je vais m'y prendre ? Ça va être compliqué. J'étais déjà partie un peu des fêtises. Je me disais, il y avait tellement d'événements dans ma vie, comment j'allais réussir à condenser ça ? Et finalement, je me suis dit « Je vais me suis mis à écrire. J'ai écrit, mais j'ai vraiment parlé avec mon cœur. J'ai pas essayé de faire des tournures de phrases bien. J'ai vraiment laissé parler mon cœur. J'ai écrit, j'ai écrit. Ça m'a pris plus d'un mois et demi. Je me suis suis, je pense presque deux mois pour écrire cette lettre parce que c'était vraiment quelque chose qui était difficile et long à chaque fois. Je devais poser, laisser poser quelques temps, puis reprendre après. Quand j'ai vu le résultat, que j'ai relu la lettre finale, je me suis sentie super bien. Je pense que d'avoir pu faire cette lettre, d'avoir pu écrire toute mon histoire et d'avoir pris conscience, en fait, de En relisant, c'est ça ?


Voilà, en relisant toute l'évolution que j'avais fait, toutes les épreuves que j'avais vécues, tout ce que j'avais vécu en tant que petite fille, en tant qu' écolière, que femme, etc, que maman. J'avais vraiment beaucoup évolué dans ma vie et que toutes ces étapes m'avaient construite un petit peu. Ça m'a beaucoup apaisée. Cette lettre m'a permis vraiment d'accepter mon histoire. Bravo. Je remercie les personnes qui m'ont demandé de faire ça parce que ça m'a fait beaucoup de bien.


Ça t'a pris beaucoup de temps.


Et.


Puis, ça t'a vraiment, ça t'a permis de prendre conscience de qui tu es aujourd'hui.


Et puis d'accepter aussi tout ce qui s'était passé. Parce qu'il y a beaucoup de choses que je n'acceptais pas. Mais là, maintenant, je me sens libérée. Je me sens capable de pouvoir en parler sereinement, en disant « OK, c'est mon histoire, c'est mon passé, mais de toute façon, on a un autre avenir entre nos mains. C'est nous qui décidons ce qu'on va en faire plus tard de ce qu'il y a devant nous. » Exact.


Et du coup, tu décides quoi, toi, pour ton avenir, là, aujourd'hui ?


Je me souhaite le meilleur pour moi. J'espère réussir à être une bonne maman pour mes enfants, à continuer à me réparer, je dirais comme ça, et à me construire.


Ça veut dire quoi être une bonne maman pour ses enfants ? C'est quoi être une bonne maman ?


Ça, c'est compliqué à répondre. Une bonne maman. Je pense être pour moi une bonne maman, c'est une maman qui arrive à rendre ses enfants épanouis dans leur vie, en tout cas à leur donner les clés pour qu'ils soient épanouis dans leur vie.


C'est quoi finalement, c'est quoi ĂŞtre Ă©panouie dans sa vie ? C'est quoi ĂŞtre Ă©panouie ?


C'est pouvoir exprimer ce qu'on est. Pour moi, c'est ça.


Uniquement ça ? Que l'expression de soi ?


Je pense que c'est la base. Après, il y a plein de choses qui peuvent émerger de ça. Si on est bien avec soi, si on est là, ça veut dire qu'on va aller chercher un travail dans lequel on se sent bien, ça veut dire qu'on va d'abord se choisir. Ça veut dire qu' on va aller... On va faire des actions, rencontrer des gens, etc, qui vont être en accord avec nous.


Donc, il y a vraiment un mouvement. D'ailleurs, tu commences Ă  bouger tes mains pour que ton corps exprime ce mouvement. J'entendais l'autonomie au travers de ce que tu dis.


Oui, c'est ça. Moi, je vois vraiment mes enfants comme des petites âmes qui sont là et que moi, je dois aider à s'épanouir, à s'ouvrir comme une fleur qui s'ouvre. Et puis après, comme des oiseaux, ils s'en veulent et ils font à eux de faire leur propre chemin. Je ne peux pas tout contrôler. Je ne peux pas choisir pour eux ce qu'ils veulent et ce qu'ils sont. Moi, mon rôle, c'est de leur donner des outils qu'ils utiliseront ou pas après, en fonction de ce qu'ils choisissent.


Ton rôle, c'est de les accompagner, c'est ça ? Voilà, c'est juste ça. Parce qu'en fait, si on commence à tirer sur une fleur qui est en train de grandir, elle aura de la peine à s'épanouir. Si on force, on va triturer le bouton, on va triturer les petites pétales qui sont en train d'arriver. Elle va pas s'épanouir. J'aime bien cette métaphore de prendre soin de la fleur parce qu'on va la roser, on va lui donner suffisamment de lumière, on va lui donner le terreau qu'il lui faut.


Oui, c'est respecter l'être tel qu'il est. Je pense que c'est ça que chaque être humain... En tout cas, moi, par rapport à mon histoire de vie, c'est ça qui ressort. C'est vraiment être respecté pour.


Ce qu'il est.


Parce.


Qu'en fait, on peut très bien avoir deux enfants ou trois enfants, puis si on reprend la métaphore de la fleur, avoir une tulipe, une rose et puis... Oui, ça doit être de toute façon, c'est comme ça. Et puis je ne sais pas quelle autre fleur, mais le parfum de la tulipe et le parfum de la rose, ça ne sera pas le même. Donc si on exige que la tulipe sente la rose, on est mal barré.


Ça ne va pas fonctionner.


Ça.


On.


Est d'accord. Et pourtant... Et pourtant. Ce n'est.


Pas facile tous les jours, mais...


C'est vraiment le... Je pense.


Que.


Si nous même, on est une rose en tant que parents et qu'on a une petite tulipe en face. C'est vrai que ça peut créer un petit peu des inconforts et peut être un manque de compréhension. Mais comment tu peux être une tulipe alors que je suis une rose ?


Oui, tout Ă  fait. C'est vrai. C'est une des raisons pour lesquelles je viens vous voir.


J'ai besoin de... Pour déterminer si c'est des tulipes, des petunias ou des chrysantèmes.


Plutôt, je dirais pour savoir comment les entretenir et comment les aider à s'épanouir en ce qu'ils sont chacun, à trouver les bonnes... Voilà, le bon arrosage, la bonne lumière, le bon terreau, etc.


Ça serait quoi à ton avis la première clé ? Ça passe par où ?


Ça passe par moi. Oui, par.


Toi, mais par quel organe ? Par quel sens ? Tu me.


Passes par le.


Cœur, je pense. Oui, mais avant, finalement, parce que pour déjà savoir si c'est une rose ou si c'est une tulipe ou si sais, ça passe par quel sens ? En tout premier. Pour les personnes qui ont la chance d'avoir ce sens qui est actif.


Je dirais c'est plus une sensibilité, c'est le sixième sens.


L'.


Imperceptible.


Et puis le regard.


Oui, bien sûr.


C'était ça qui me venait. Finalement, nous qui avons la chance de pouvoir voir. Tu penses c'est le cœur qui agit en premier ou c'est les yeux qui vont imprimer sur le cœur en tout premier ? C'est quel sens qui va être actif en premier ?


Oui, peut ĂŞtre les yeux, oui. Oui, c'est vrai. D'abord, on va voir, puis ensuite on va en faire quelque chose. Oui.


Et c'est là qu'on est biaisé, en fait. Parce que tu vois, si on a... Elle me montre la tête et le cœur. Tout de suite, ses yeux...


Retrouver le.


Chemin du milieu. Le chemin du cœur, en fait, parce que les yeux, finalement, ils ont vite tendance à nous amener vers le jugement. Vers le.


Jugement, tout à fait. Oui, c'est ça, en fait. Oui, tout à fait, c'est le cœur qui est totalement dans l'amour, le mental qui va tout de suite juger et analyser par rapport aux blessures, à tes histoires de vie, etc. Moi, j'aime bien cette expression de trouver le chemin du milieu parce que c'est vraiment ça. On ne peut pas, je pense, être tout le temps tout amour, mais si on est... Moi, je vois mon mental dans ces moments là comme un petit bonhomme qui a une petite mitraillette, puis qui tire sur tout ce qu'il y a autour de lui. J'ai vraiment à chaque fois cette image là. Et le cœur qui est vraiment tout amour, le gros bisou de ours. Et je pense que ces deux extrêmes, c'est trop des extrêmes, justement. Ni l'un ni l'autre n'est bon. Mais je pense qu'il faut prendre un peu des deux, accepter les deux parties. Et puis, quand on accepte les deux parties, il y a la solution qui arrive du.


Chemin du milieu. Ok, donc pour toi, c'est quoi le chemin du milieu, concrètement ?


C'est un compromis entre le mental et le cœur.


Concrètement, explique moi comment tu fais quand tu te rends compte que tu es trop dans ta tête ou trop dans ton cœur, qu'est ce que tu vas faire concrètement pour trouver la voie du milieu ?


Déjà, souvent, c'est le mental qui se met en route en premier. Dans le jugement, dans les réactions émotionnelles par rapport à tout.


Ce qu'on vit. En lien avec.


Notre vécu, avec.


Ce qu'on pense, nos bagages qu'on tramène avec nous.


Là, c'est « Bon, OK. D'accord, tu vis ça.


LĂ , tu es en train de dire que tu observes. C'est important que tu observes et que tu es en train de...


Toujours. Des fois, je réagis.


Mais voilĂ . Mais dans le meilleur des cas ?


Dans le meilleur des cas, j'essaie de me dire « OK, d'accord, là, tu te sens en colère, tu te sens comme si tu te sens comme ça. » J'accepte ça. Je pense que c'est super important de l'accepter et surtout pas de le refouler, parce que c'est la pire des choses.


C'est là. Toi, tu es en train de dire « C'est là, on le regarde, on va pas le pousser sous le tapis puis faire comme si ce n'était.


Pas là. »exactement. Ensuite, j'essaie de descendre dans le cœur, puis je regarde, puis je me dis « Je vois les choses avec une perception de la vie.


»tu changes d'angle de vue, tu changes de position, tu te mets à une autre hauteur, tu prends un autre angle.


Oui, exactement. J'essaie de voir la situation, de comprendre l'autre, de comprendre moi. Je suis plus dans d'accepter l'autre comme il est avec sa réaction et tout ça. C'est ce.


Que tu disais par rapport Ă  ton papa avant.


Oui. E nsuite, on essaie de trouver un compromis.


Pour.


Que les deux soient entendus, parce que c'est important que les deux soient entendus. C'est ça que j'appelle le chemin du milieu. C'est un compromis pour que les deux parties soient entendues.


Ça t'apporte quoi ?


C'est gagnant, gagnant. Quand on fait comme ça, c'est gagnant, gagnant. Autant pour soi que pour l'autre en face.


Par rapport à toi, juste par rapport à toi, quand tu me dis ce chemin du milieu par rapport à ton cœur et à ta tête, c'est quoi le compromis que tu fais avec toi même ? Ou est ce que des fois, il n'y a pas de compromis ? Il y a un.


Compromis sans être un compromis. C'est que c'est ce que ça vient de la solution comme une évidence.


C'est ce que tu sens. Voilà, exactement. C'est l'élan intérieur que tu as, en fait.


Exactement. Je dis le compromis pour pouvoir ĂŞtre plus clair dans ce que j'exprime, mais finalement, c'est ce qui vient. C'est ce qui est.


Juste pour toi dans l'instant.


C'est ce qui va.


Te nourrir.


Je ne suis pas tout le temps comme ça. Il y a des fois où je sors mon petit pistolet. Tu es.


Dans la réaction.


VoilĂ , exactement, tout Ă  fait. Donc, en fait.


Ce que tu es en train de dire, c'est qu' aujourd'hui, tu es capable de passer de la réaction à la réponse. Et la réponse, on peut l'avoir que quand on est dans une forme de présence et présence à soi, présence à l'autre, présence à ce qui est dans notre tête, présence qui est à notre cœur. C'est là qu'on va vraiment arriver à donner une réponse plutôt qu'être dans un schéma réactif qu'on connaît bien, trop bien automatique, c'est sortir de l'automatisme.


C'est vrai que quand il y a des moments où j'arrive à prendre ce recul, etc, à trouver les bonnes réponses, finalement, entre parenthèses. Après, c'est vrai qu'il y a des moments où dans la vie courante, il faut agir, il faut faire les choses, etc. Et là, c'est plus difficile pour moi. J'ai plus de mal. Quand disons que j'ai le temps, que je prends le temps, parce qu'on a toujours le temps, que je prends le temps de faire ce processus dont je viens de parler. Après, je vois qu'on est tous gagnants. Je me dis pourquoi je ne fais pas ça tout le temps ? Ce n'est pas toujours facile de le faire.


Parce qu'on est juste humain. Oui, des fois.


C'est vrai que quand je me sens pressée comme un citron à devoir faire 50 choses, etc, je n'ai pas toujours cette capacité. Je n'ai pas encore le réflexe de faire ça à chaque fois. J'aime bien.


Comme tu dis ça, « J'ai pas encore le réflexe de le faire. » Ça veut dire que tu ouvres le potentiel à « Tiens, je me sens pressée comme un citron. » Quel est le réflexe que tu pourrais avoir à ce moment là ? Quand je.


Sens que vraiment, c'est trop pour moi, je dis aux enfants « Écoutez, maman, là, il y a le monstre de la colère qui est en train de monter. Donc, je vais aller à la salle de bains un petit moment. Vous allez dans votre coin et puis je reviens dans un moment. Quand je sens vraiment que là, c'est trop. J'arrive à m'isoler.


Oui. Mais après.


Voilà, si on est dans l'action de devoir vite aller quelque part, etc, là, c'est le mental qui va prendre le dessus. « J'ai rendez vous vite, il faut que j'aille. » Et ça, c'est...


C'est lĂ  que c'est fissu, en fait.


C'est lĂ  que pour moi, pour le moment, c'est pas encore acquis.


J'adore tant « pour le moment » parce que ça veut dire que c'est le prochain pas que tu vises. Oui, oui. Bravo Émilie, vraiment. Et quel âge tu as ?


J'ai 27.


Ans.27 ans. Voilà. Merci. Vraiment, du fond du cœur, merci pour le message que t'as délivré là. Je pense que c'est un tout grand message que tu délivres. Et pour le coup, c'est moi qui suis vraiment émue. Moi, je crois.


Qu'on est toutes les deux lĂ , pour le coup. Merci beaucoup.


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